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le 10 juillet 2012

     
     
     

    36 congrès du PCF

    Le PCF convoque son 36e congrès à Aubervilliers

    Le Conseil National du 13 septembre 2012 a convoqué le 36e congrès du Parti communiste français les 7, 8, 9 et février prochains à Aubervilliers.

    Ce Congrès devra associer les urgences qu'appellent la situation actuelle : comment sortir de la crise ? comment gagner le changement ? Mais aussi être un acte fondateur des nouvelles ambitions du Parti communiste français et du Front de gauche pour changer la société.

    Dans son rapport au Conseil national, Patrice Bessac insiste  : "Nous avons besoin que le congrès d'Aubervillers soit l'un des lieux de la renaissance de l'ambition révolutionnaire, un lieu qui installe un nouveau récit pour le Parti communiste français dans l'avenir."

    Trois points sont portés à l'ordre du jour :

    1. La résolution politique : sortir de la crise ; gagner le changement / changer la société ; refonder l'ambition communiste.

    2. Les statuts

    3. L'élection des directions

    Le calendrier de préparation du Congrès

    • À partir du 13 septembre et jusqu’au 7 février 2013 : appel à contributions.

    • Les 13 et 14 octobre 2012 : Conseil national, adoption d’une base commune et du texte des statuts.

    • Le 17 novembre 2012 : fin de publication des textes alternatifs à la base commune. Envoi des textes aux communistes.

    • Le 5 décembre 2012 : vote des communistes sur le choix de base commune.

    • Du 15 décembre 2012 au 31 janvier 2013 : Conférences de section

    • Du 1er au 3 février 2013 : Conférences fédérales

    • Du 7 février au 10 février 2013 : Congrès national à Aubervilliers

    Les commissions

    Afin de mener à bien le travail sur le congrès, quatre commissions ont été mises en place :

    • Texte, rapporteur : Pierre Dharréville

    • Statuts présidée par Isabelle De Almeida

    • Direction, candidatures, présidée par Jacques Chabalier

    • Transparence des débats, présidée par Fabienne Haloui

    En plus des commissions, un comité exécutif dirigé par Patrice Bessac est chargé de la coordination et de l'effort interne et public pour ce congrès.

    http://congres.pcf.fr/

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    • remarques sur le rapport de Patrice Bessac

      Quelques remarques sur le rapport préparatoire au prochain Congrès d’Aubervilliers du PCF présenté par Patrice Bessac

      Un « Conseil national » s’est tenu le 13 septembre, entre l’université d’été du PCF et la Fête de L’Humanité. Celui-ci se nourrit de deux « rapports » ; le second, intitulé -« Un congrès combatif pour le PCF, une ambition nouvelle pour le Front de gauche »- est présenté comme « rapport de Patrice Bessac » . Il a retenu notre attention. Congrès est, variablement décliné en majuscule ou en minuscule. Pourquoi ? Congrès donne Congrégation, avec accent pontifical ; congrès a, par contre, accent laïc... Un léger doute ? Jadis militant communiste, on se souvient des messes communistes. A lire le rapport de Patrice Bessac, on est très vite convaincu d’entendre quelque chose de nouveau. Il est écrit à la fois avec intelligence et cœur, avec « la passion de la tête » comme disait Marx. Souffle-t-il un vent nouveau sur le PCF ? Dans ses conclusions, l’auteur du rapport interroge : « Ce n’est pas possible de continuer à se trimballer un tas de préjugés, de vieilleries sur notre compte… » Ce texte a une fraîcheur indéniable. Et pourtant, il n’est pas facile d’écrire un rapport politique en rangeant la langue de bois convenue au cabinet des antiques. Sur le plan formel, le pari est gagné, largement !, il sait à la fois affirmer et interroger. Il sait à la fois rassurer et inquiéter. Il vaut autant pour ses assurances que pour ses doutes. Il est écrit sur le mode du Je, non pas prétentieux, mais un Je qui entend assumer ce qu’il dit -tout ce qu’il dit- bien que sachant qu’il doit beaucoup à d’autres. Mais n’est-ce pas le lot commun ? Sur le fond et par exemple, on ne peut que se réjouir qu’il sorte de l’économisme, s’approprie le champ politique avec ferveur pour en venir au fait de la « racialisation du débat [politique] français ». On pourrait dire : Enfin, allons-nous en finir ces hochets que sont « Touche pas à mon pote ! » ou « SOS racisme » ! Que vive enfin en paix l’indifférence à la différence ! Mais ce qu’il gagne en force séductrice, ne risque-t-il pas de le perdre en force démonstrative ? Pour le savoir, il faut le lire au moins deux fois. Tient-il ses promesses ? Ici, on l’interroge sur quelques-unes des questions politiques qu’il propose à la discussion.

      1 / Sur la question du fondement. Quel est l’objet de ce Congrès à venir ? Il s’agit, dit l’auteur, « … au fond, de proposer une vision unificatrice de notre projet, de notre stratégie, de notre conception du Parti et de l’action politique. » Il entend hisser -modestie mise à part- le prochain congrès en ses actes théoriques à venir au niveau d’œuvres comme celles de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert ou du Manifeste du parti communiste de Marx et Engels. On entend donc s’approprier les deux moments -de la théorie et de la pratique. N’est-ce pas là une ambitieuse ambition ? Ce pré-rapport situe d’emblée l’importance et la nature de ce prochain congrès. Il s’agirait de produire un « texte fondateur » (Introduction). Plus encore, et après réflexion, il s’agit de produire « un texte et [des] actes fondateurs ». (Conclusion) Rien de moins. Comme en écho, on entend les voix de Jean-Jacques Rousseau -Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes-, ou celles de Karl Marx, -Critique des fondements de l’économie politique, deux ouvrages qui furent comme des bombes à retardement alors jetées dans le champ des batailles politiques et des guerres sociales à venir. Sur cette première question, le texte hésite. S’agit-il de fonder ou de refonder ? En effet, il précise qu’il s’agit de « refonder l’ambition communiste ». (Point 1 de l’ordre du jour du congrès) Rien de moins. Aussi bien eu égard à la qualité du texte à venir -fonder-, qu’eu égard à son objet -l’ambition communiste-, un immense travail est appelé de ses vœux. Une telle entreprise de refondation suppose de développer une analyse historique critique, radicale. L’auteur repose la même question en d’autres termes. Il faut, écrit-il, « … se donner les moyens pour qu’[...] une partie de la jeunesse puisse identifier un acte de renaissance de l’ambition communiste... » ; il ajoute que les communistes ont « … besoin que le congrès d’Aubervilliers soit l’un des lieux de la renaissance de l’ambition révolutionnaire... » Il faut donc tenter de refaire autrement ce qui a été défait et a conduit à la défaite. Vaste programme ! Toute renaissance ne présuppose-t-elle pas l’existence d’un mort et son autopsie allègrement conduite ? Or, à aucun moment, Patrice Bessac ne parle de mort, sinon latéralement ; il ne fait qu’évoquer un « modèle ayant définitivement failli », puis -sous un autre patronyme, celui de « mouvement communiste et transformateur »- en proie à des « convulsions ». Tout le spectre des diverses faillites peut être convoqué : « J’ai failli à ma tâche. », jusqu’à : « J’ai failli réussir. » Faillir, c’est manquer, fauter, se tromper, errer… mais ce n’est pas mourir. Ne pourrait-on pas s’accorder sur une expression plus adéquate comme celle-ci : « Le système s’est effondré. » ? Le système n’a pas failli s’effondrer, il s’est tout bonnement effondré. N’est-ce pas un moment, un événement extraordinaire dont il s’agirait de s’emparer pour espérer « refonder »..? D’autre part, une refondation ne présuppose-t-elle pas la reconnaissance de son père, fût-il père monstrueux ?

      2 / Temps court et temps long On comprendra aisément qu’une simple fondation peut faire l’économie d’une réflexion historique, ce qui, en l’occurrence, rendrait la tâche plus facile, trop facile. Comme si du passé on pouvait faire table rase. Par contre, une refondation s’empare de ce passé, fut-il terrible, pour le travailler. L’auteur ne renonce pas à poser un cadre historique à sa réflexion ; au contraire, il pose une base et propose au prochain Congrès de se cantonner aux « trente dernières années ». Sans doute font-elles suite aux Trente glorieuses : « Vingt ans, trente ans de domination du capitalisme libéral, de convulsions pour le mouvement communiste et transformateur… », dont le point de départ est « la contre-révolution libérale des années 1970 ». Ce cadre historique n’est-il pas un peu court ? De ces « vingt ans », qui se réfèrent évidemment à la chute du Mur de Berlin et ses suites immédiates, on ne dira rien ; on a rien à dire ou si peu, sinon que ses critiques « ne doivent pas faire l’économie d’une approche distanciée de ce qu’a représenté ce système [communiste]. Un peu de patience. On trouvera une métaphore pour les caractériser : années de « convulsions ». Convulsion : « Contraction violente, involontaire et saccadée des muscles. », dit le Petit Robert. N’est-elle pas belle, l’échappatoire ? Pour en rester à la métaphore médicale, Patrice Bessac ne fait-il pas une erreur de diagnostic ? Ce cadre historique n’est-il pas bien trop court ? N’eût-il pas été avantageux -du moins pour la réflexion- de repartir des impasses de la Révolution française, des impasses de la Révolution anglaise ? De ces « trente ans », on aime rappeler qu’ils se caractérisent comme une « dure phase historique » pendant laquelle le capital se livre à une véritable « guerre sociale […] aux peuples… » Ici, on ne se dérobe pas. Immédiatement, sans distance, on peut affirmer que le capitalisme libertarien est dur aux peuples et aux hommes. Le choix de ce cadre -le temps court- permet avantageusement de poser une structure visible pour une génération. Mais il permet surtout de tempérer le radicalisme de la refondation attendue. Refonder ne peut s’envisager que sur la base d’une triple critique, celle du capitalisme, celle du ci-devant socialisme réel et celle des révolutions depuis les Révolutions anglaise et française. Il conviendrait donc de situer et penser la refondation à partir d’un cadre historique de plus de trois siècles. Dans les trois occurrences, la critique doit être également impitoyable, sinon on risque de perdre en crédibilité et consistance théorique comme en pertinence et efficacité pratique. Car les jeunes générations ont sans doute besoin qu’on leur rappelle les grandeurs et les défaites des révolutions des XIXème et XXème siècles, comme celles du XXIème siècle commençant. Elles ont plus encore besoin -impérieux besoin- qu’on ne les leurre pas.

      3 / Un inquiétant fantasme de maîtrise… Le pré-rapport pointe un certain nombre de questions théoriques et pratiques dont le parti doit s’emparer, tête, bras et jambes. Modestie oblige, on peut lire qu’on se contentera « d’évoquer […] quelques idées », qui doivent conduire à la mise en actes de pratiques nouvelles ainsi qu’à l’écriture d’un texte de facture nouvelle scellant la refondation de l’ambition communiste. On indique les « trois grandes questions : la nation, le peuple, la démocratie ». Curieusement, aucune d’entre elles n’est traitée. Par contre, on revient sur les questions lancinantes qui taraudent l’histoire des partis communistes. Parmi celles-ci, celles des classes sociales, du parti, de la révolution, Celles-ci s’articulent les unes aux autres. Ce qui assure le lien entre ces trois piliers de la réflexion des révolutionnaires, c’est la volonté de maîtrise. Patrice Bessac cite Paul Boccara : « Pour une nouvelle civilisation, une maîtrise de tous les instants de la vie par chacun, il ne suffit pas de nouveaux pouvoirs, il faut une autre culture. » Cette question de la révolution, comme celle du rôle du parti est donc sous-tendue par un inquiétant et persistant fantasme, celui de la possibilité de la maîtrise de sa vie -qui plus est, « dans tous ses instants »- par chacun. Il fallait y penser. Cette question de la maîtrise « de la vie par chacun »- hante toute l’histoire de l’humanité. On concèdera aisément, et sans aucune réserve, que l’invention de la brouette, le miracle de la fée électricité, etc. ont largement contribué à alléger la peine des hommes. Il n’est pas nécessaire d’entrer dans « une autre culture » pour réaliser ce genre de prouesses. Ici, on ne posera qu’une question adressée à tous les apprentis sorciers, marchands de bonheur absolu, de bien être sans rivages et autres fadaises. Que serait une vie d’homme si elle n’échappait pas -à tout instant-, à la maîtrise ? Ce qu’on propose ici, n’a-t-il pas à voir avec une vie de machine ? A contrario, n’est-il pas possible de déclarer simplement que le stalinisme et autres aberrations politiques sont issus du fait du constat de l’impossibilité de la maîtrise et de la réaction folle de refus pathologique de son impossibilité ? Plus encore. Que serait une vie d’homme soumise impérialement à la maîtrise ? Que serait une vie d’homme sans surprise ? Que serait une vie d’homme sans amour ? Que serait l’amour s’il relevait de la maîtrise ? Que serait une vie sans vie ? Qui décide de sa naissance, de sa mort ? J’exagère ? On a bien écrit, bien lu : « une maîtrise de tous les instants de la vie par chacun ». Que serait-elle donc, cette « autre culture », d’où les surprises seraient absentes ? Que serait-elle donc cette vie machinale d’homme-machine, sinon le retour obsédant et inquiétant du même, nommément les bien-nommées mal-nommées stalinismes dans toutes leurs variantes. A propos de la reddition de la Bastille, Jules Michelet écrit : « L’attaque de la Bastille ne fut nullement raisonnable. Ce fut un acte de foi. » Il poursuit : « La foule était enragée, aveugle, ivre de son danger même. » Etc. Dès lors, n’est-il pas loisible d’interroger avec grande inquiétude cet inquiétant fantasme de maîtrise, aussi persistant qu’insistant ? Qu’aurait été une Révolution française soumise à la maîtrise de tous les instants ? Pas de reddition de la Bastille, pas de Valmy, pas de nuit du 4 août, pas de régicide, etc. -rien.

      4 / Sur la question des classes Le rapport de P.B. insiste sur ce fait que : « Nous avons besoin d’un écosystème culturel qui travaille les trois grandes questions, la nation, le peuple, la démocratie. » Pourquoi ces trois questions sont-elles « les trois grandes questions », on ne le sait pas et on ne l’apprendra pas. La question des classes sociales n’est-elle pas autrement centrale ? Elle engage toute politique d’alliances. La question est, sinon abordée, du moins effleurée. Le rapport rappelle très utilement que « l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981[a été marquée par] le passage d’une lecture de classe de la société française […] à une lecture [atomistique]… ». Il oublie de rappeler, salutaire omission, que le PCF fut jusqu’au bout une composante active de « la gauche au pouvoir », jusqu’à la gauche plurielle et après. Il oublie de rappeler que le PCF est aussi empêtré depuis des lustres dans une hagiographie-apologie d’une « classe ouvrière » mythique autant lorsqu’il essaie de la dénombrer que lorsqu’il essaie de la qualifier. Il fut et reste -ce rapport en témoigne encore- toujours maladroit à cerner ce qu’il entendait par là. La classe ouvrière reste un objet non identifié. Les conséquences politiques en furent et restent énormes et désastreuses. Et pourtant, la question des classes, alliances… est une question politique centrale. Longtemps, le PCF s’enorgueillît d’être le parti de la « classe ouvrière ». Aujourd’hui, l’interrogation se fait inquiète : Patrice Bessac demande : « au nom de quoi, de qui parlons-nous ? […] Cette question n’est pas anodine… » Pour le moins. Mais… N’élude-t-on pas les difficultés en résolvant et en dissolvant, dans ce rapport, la « classe ouvrière » en la « la classe salariée » ? « Il en découle pour nous la nécessité de représentations alternatives qui rassemble [ou qui rassemblent ?] la classe salariée. », écrit-il. Cependant, il ne serait pas difficile de montrer que de nombreux banquiers sont « salariés » ; comme il ne serait pas difficile de montrer que de nombreux artisans plombiers, serruriers… ainsi que médecins, architectes, infirmiers, avocats, etc., bien que non salariés, sont bien plus proches des… salariés que les banquiers susnommés. De quelle(s) façon(s) en sont-ils proches ? Jusqu’ici et souvent, ils ont encore de grandes difficultés à l’articuler, à le penser, à le savoir. Et que faire de ces millions d’hommes et de femmes qui n’ont plus un « travail » ou un emploi (CDI), mais une occupation (CDD). Mais ils souffrent, exactement comme les ouvriers sans ouvrage. Peut-on considérer qu’ils reçoivent un salaire ? Et que faire des millions d’autres qui n’ont plus rien, ni travail, ni occupation ? Ils restent d’abord en souffrance de travail, de vie et d’amour. Autant de difficultés sur lesquelles les dernières élections -présidentielle et législative- ont sévèrement achoppé. En certains de ses développements le rapport n’est pas indifférent à ces questions. Que vaut alors une expression comme celle-ci, qui parcourt ce rapport : « [N]otre objectif premier, l’intérêt général » ? Qu’est-ce à dire ? Et que vaut cet autre, nouvelle tentative -théorique ?- de résoudre ces questions cruciales : « Comment être utile au peuple, à la France, à l’Europe, à l’humanité ? » Le communisme devient-il œcuménisme ? Quant à savoir ce qu’il en est du peuple, vibrante question. Quant à savoir ce qu’il en est de la France, ne serait-il pas plus heureux de rendre un vibrant hommage au Jean Ferrat de Ma France ? En l’occurrence, n’est-il pas impropre d’écrire Europe avec majuscule ? Le rapport vise-t-il l’Europe Russie et Ukraine comprises ? Biélorussie ? Sinon, on doit écrire l’Union européenne. Quant à assurer ou promettre le bonheur de l’humanité tout entière, l’histoire fut si douloureuse qu’on peut laisser l’humanité juger elle-même si le PCF peut lui être utile.

      5 / Sur la question du parti Le rapport de Patrice Bessac pose des questions vertigineuses, par exemple, celle-ci : « [A]u nom de quoi, de qui parlons-nous ? […] Cette question n’est pas anodine… » Question lancinante aussi bien qu’inquiétante. La question posée est celle du porte-parole. La question posée est celle aussi du paradoxe de la démocratie. Depuis longtemps, on vit là-dessus... Le peuple ou le Peuple a besoin de représentants. D’un côté, élus aux suffrages divers, d’un autre côté, cooptés par des instances partisanes. Dans tous les cas, on sait depuis longtemps ce qu’il advient : les élus du peuple finissent par préférer discuter avec les élus de tous bords, les « décideurs », les banquiers, etc., à l’exception de ceux qui les ont élus, ici pour les calmer, là pour les conduire dans une impasse… Aujourd’hui, très actifs, les soi-disant représentants du peuple ne discutent plus qu’avec les rois et tachent de calmer les moindres velléités du peuple. La parole d’aucun n’est jamais mieux portée que par elle-même. Le rapport interroge : « Comment sélectionnons-nous et formons-nous nos élites ? » Sans aucun doute, la question est d’importance. Mais… puisqu’il s’agit de refonder l’idéal, pourquoi ne pas revenir aux idéaux ? Par exemple, Jules Michelet, penseur de la Révolution française. Pour ce faire, il convient de remonter en deçà des trente dernières années. Dans la préface de son Histoire de la Révolution française, Jules Michelet écrit : « Une autre chose que cette histoire mettra en grande lumière, et qui est vraie de tout parti, c’est que le peuple valut généralement beaucoup mieux que ses meneurs. Plus j’ai creusé, plus j’ai trouvé que le meilleur était dessous, dans les profondeurs obscures. J’ai vu aussi que ces parleurs brillants, puissants, qui ont exprimé la pensée des masses, passent à tort pour les seuls acteurs. Ils ont reçu l’impulsion bien plus qu’ils ne l’ont donnée. L’acteur principal est le peuple. Pour le retrouver, celui-ci, le replacer dans son rôle, j’ai dû ramener à leurs proportions les ambitieuses marionnettes dont il a tiré les fils, et dans lesquelles jusqu’ici, on croyait voir, on cherchait le jeu secret de l’histoire. […] Ce spectacle, je dois l’avouer, m’a frappé moi-même d’étonnement. A mesure que je suis entré profondément dans cette étude, j’ai vu que les chefs de parti, les héros de cette histoire convenue, n’ont ni prévu, ni préparé, qu’ils n’ont eu l’initiative d’aucune des grandes choses, d’aucune spécialement de celles qui furent l’œuvre unanime du peuple au début de la Révolution. Laissé à lui-même, dans ces moments décisifs, par ses prétendus meneurs, il a trouvé ce qu’il fallait faire, et l’a accompli. » Peut-être n’est-il pas déplacé de revenir à ces moments où la pensée et la pratique faisaient l’amour ensemble ? Et peut-être aussi, n’est-il pas inutile de rappeler, lorsqu’on se propose de refonder « l’ambition communiste », que celle-ci pourrît au moment où elle oublia ce que Michelet rappelle. N’y a-t-il pas matière à réflexions ? Maintenant, si l’on considère ces ci-devant élites et leurs rapports internes, intestins, ne convient-il pas de rappeler -refondation oblige-, ce que Sandor Ferenczi, dans une lettre adressée à Sigmund Freud, dénonçait : « Je connais bien la pathologie des associations, et je sais combien souvent, dans les groupements politiques, sociaux et scientifiques, règnent la mégalomanie puérile, la vanité, le respect des formules creuses, l’obéissance aveugle, l’intérêt personnel, au lieu d’un travail consciencieux consacré au bien commun. » Une telle proclamation vaudrait-elle pour tout parti, toute association, sauf pour le parti communiste ? L’expression bien commun -plus proche de communiste- ne vaut-elle pas mieux que celle d’intérêt général ? Et si l’on entend « refonder l’idéal communiste », comment faire, comment négocier avec cette pathologie consubstantielle à la vie politique partisane ? Cela doit être entendu comme suit : « Comment faire concrètement ? » Comment transformer ce pathos en joie de vivre ? 6/ Sur la question de la révolution. L’auteur entend révolution sur deux plans : au plan théorique, il en appelle à « une Révolution dans l’ordre de la pensée et de la pratique ». Majuscule qui pourra. Il est lui-même sur ce chemin, cela est absolument évident. Mais… Au plan pratique, on parle du « mouvement communiste et transformateur », du « retour des forces critiques du capitalisme sur la scène politique ». Expressions convenues et non critiquées. Or, là encore, si l’on se place du point de vue de la « refondation de l’idéal communiste », les difficultés s’accumulent. A-t-on jamais vu un « mouvement » communiste ? Ce qui caractérise le communisme de ce dernier siècle et demi, c’est bien plutôt l’absence de mouvement, la paralysie mentale, intellectuelle, pratique, industrielle, l’incapacité consubstantielle à opérer le moindre mouvement. Jusqu’ici, seul le capitalisme a pu administrer la preuve du mouvement. A son insu, le texte de Patrice Bessac en convient : le capitalisme est perpétuellement en crise, jusqu’à aujourd’hui. Il écrit, dès l’introduction de son rapport : « Le fait majeur est la crise du capitalisme mondialisé, sa crise économique et, au-delà, la crise du modèle de civilisation… » Les seules crises qui affectèrent jamais le communisme furent une crise de croissance de la composition organique du capital sur le plan économique, une crise de confiance permanente en les savoirs et un opportunisme sans rivage et sans principe sur le plan politique. L’ouvriérisme invariablement poussé et hissé jusqu’au crétinisme partisan et permanent, fier de lui, a durablement tué le communisme, le mouvement communiste, l’ambition communiste. Malheureusement, cette crise continue d’affecter jusqu’à la moelle les restants des partis communistes dans toute l’Europe et au-delà. Plus concrètement, on évoque les « dangers de la nouvelle période : les risques de nouvelles barbaries comme d’une avancée possible des forces révolutionnaires ». On ajoute que « la situation est dangereuse, les conséquences sociales seront dures, les conséquences politiques potentiellement dramatiques ». Encore une fois, on s’en tire assez bien. Nous dirons plutôt, passablement. On laisse accroire que les susnommées « forces révolutionnaires » sont par essence sympathiques. On peut toujours le faire croire, s’en persuader, etc., mais alors il faut admettre que l’histoire des quatre derniers siècles n’apprend rien, même aux sympathiques communistes d’aujourd’hui. Sur le continent européen, ces quatre derniers siècles sont marqués par trois grandes -majuscules- REVOLUTIONS. Trois Révolutions, trois noms. Trois Révolutions, trois pays. L’Angleterre d’abord, au XVIIème siècle, avec Cromwell. La République de Cromwell dégoûta durablement Anglais, Irlandais, Gallois et Ecossais de toute velléité républicaine. La France de la fin du XVIIIème siècle ensuite. Le point d’aboutissement de la Révolution française s’appelle l’Empereur Napoléon, qui mit l’Europe à feu et à sang. La Russie du XXème siècle commençant qui amena Staline au pouvoir durablement. Trois Révolutions, trois tyrannies. Dès lors, il devient assez difficile, voire inconvenant, de parler, sans précaution, du « mouvement communiste et transformateur », du mouvement révolutionnaire, du « mouvement émancipateur que représente l’idéal communiste… » Si l’on entend proposer un texte « fondateur », n’est-il pas loisible de poser la question de savoir si une « révolution » est une solution politique souhaitable. Il devient donc urgent, convenons-en, de « créer une coopérative de travail qui échappe aux problèmes de pouvoir immédiat... » Certes, mais sous la condition qu’elle ne soit pas une échappatoire. Conclusions On a du mal à croire qu’un texte si séduisant, si séducteur, mais en même temps si avide et si pressé de belles et sonnantes démonstrations puisse aussi faire tant d’impasses sur toutes une série de questions restées en suspens après comme avant la chute du Mur de Berlin. Faute d’avoir été , d’abord reconnues, ensuite abordées et enfin traitées -théoriquement et pratiquement- ces difficultés conduisirent à un immense gâchis historique, à ces impasses gigantesques et meurtres de masse, comme à autant et plus d’effondrements personnels. Aujourd’hui, tout semble se passer comme si rien ne s’était passé, et pourtant quelque chose s’est passé. Tout semble se passer comme si on voulait faire croire que rien d’important ne s’était passé -sinon de simples convulsions. Vingt ans déjà… Les communistes -fussent-ils ceux porteurs de l’idéal communiste- ont-ils appris, retenu quelque chose -non pas de ces trente dernières années marquées par la contre-révolution libérale- mais résolument de ces trois derniers siècles d’histoire et quelques poussières ? Formellement, sans aucun doute. Le texte de Patrice Bessac l’atteste. Concrètement, rien n’est moins sûr… Comment ne pas nous alarmer ? Tout est prêt et tout se passe pour que la partie se déroule -une fois de plus- à l’insu des joueurs. Maîtriser le feu suppose de voir le sens, l’orientation, l’intensité de la flamme. La flamme amoureuse, la flamme politique sont d’une autre nature que les flammes qui courent sur les branches des arbres. « Les risques d’une nouvelle barbarie » sont là, ce que, par exemple, on appelle guerre, Troisième Guerre mondiale, ou autre genre d’autodestruction, suggérée mais jamais mentionnée dans ce texte. Que dire, sinon que… « On écrit parfois de ces choses qu’à relire on est malheureux / Or il est vrai que dans la flamme tu t’assieds n’importe comment. » Gilbert Molinier Paris, le 2 octobre 2012 P.S. : Plus concrètement encore, plus immédiatement, on propose une perspective politique pour la France d’aujourd’hui : « L’avenir du Front de gauche : un nouveau Front populaire » ; il ajoute utilement : « un Front populaire de type nouveau ». Utilement ? Le Front populaire ne fut-il pas historiquement un échec révolutionnaire de plus ? Question complémentaire à penser dans le cadre de la refondation…

      Par molinier gilbert, le 02 November 2012 à 13:14.